Eau et Assainissement : comment assurer la sécurité de vos travailleurs isolés ?

Retex de la Régie d’Eau et d'Assainissement du Grand Nancy

Découvrez comment sécuriser les travailleurs isolés du secteur de l’eau et de l’assainissement grâce au retour d’expérience de la Métropole du Grand Nancy sur l’adoption de l’application DATI mobile WaryMe. Cet article à destination des responsables d’exploitation et préventeurs analyse les solutions concrètes mises en place par la régie d’eau : modes de déclenchement privilégiés, chaîne de mobilisation, gestion des  zones blanches, adoption du dispositif par les agents.

Ce qu'il faut retenir
  • Les risques du travail isolé dans le secteur de l’eau et de l’assainissement sont spécifiques à l’environnement de travail et aux métiers (risques électriques, chutes, noyades, intoxications). 
  • La Métropole du Grand Nancy a opté pour l’application DATI mobile WaryMe plutôt qu’un boîtier dédié pour éviter le suréquipement et faciliter l’adoption par des agents déjà munis d’un smartphone professionnel.
  • Le mode de déclenchement privilégié est la détection d’immobilité prolongée, car il est jugé plus pertinent et fiable que la perte de verticalité pour les postures de travail des techniciens.
  • Pour la gestion des zones blanches (réservoirs, campagne), la solution repose sur l’alerte programmée (avec mémo vocal enregistré avant la perte de réseau)
  • L’adoption de l’application mobile par les agents a été un succès, grâce à l’utilisation simple du dispositif et à la garantie que la géolocalisation ne s’active qu’à la première seconde du déclenchement d’une alerte.

Contexte et problématique du Travail Isolé dans les métiers de l’eau

Quels sont les métiers de l’eau et de l’assainissement concernés par le travail isolé ?

De nombreux agents des services d’eau et d’assainissement sont amenés à travailler seuls. Les métiers concernés sont multiples :

  • Exploitants de stations d’épuration ou d’usines de potabilisation
  • Egoutier, Agent de station d’épuration
  • Technicien de contrôle ou responsable de réseau d’assainissement
  • Techniciens SPANC lors de visites chez les usagers
  • Responsable de réseau d’eau potable et responsable d’usine de production d’eau
  • Technicien en traitement d’eau potable
  • Hydraulicien
  • Hydrogéologue
  • Responsable de l’entretien et de la maintenance d’ouvrages hydrauliques
  • Préleveur d’eau
  • Technicien  et Responsable de laboratoire d’analyse des eaux
  • Techniciens intervenant sur les réseaux ou pour la relève de compteurs
  • Agents de la GEMAPI travaillant sur des ouvrages hydrauliques ou des chantiers de restauration de rivières

Quels sont les risques du travail isolé spécifiques aux métiers de l'eau et de l’assainissement ?

Les situations à risque identifiées sont diverses et comprennent :

  • Agressions et incivilités
  • Malaises et problèmes médicaux soudains
  • Chutes, notamment de hauteur
  • Noyades aux abords de rivières ou de bassins
  • Intoxications liées à des gaz (H₂S, Chlore)
  • Accidents mécaniques sans témoin immédiat
  • Risques de nature psychique (RPS) dus au stress et à l’anxiété liés à l’absence de contact, ou à un sentiment de délaissement face à des missions dangereuses

Quel est le cadre réglementaire du travail isolé ?

La législation impose à l’employeur une obligation de résultat pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale de ses travailleurs (article L4121-1 du Code du Travail). 

Certaines collectivités font le choix de faire travailler systématiquement tous les agents en binômes.

Mais quand ce n’est pas le cas, tout agent travaillant hors de portée de vue ou de voix doit avoir la capacité de signaler rapidement et efficacement une situation de détresse. La mise à disposition d’un Dispositif d’Alarme pour Travailleur Isolé (DATI) est une réponse à cette exigence légale. 

Le DATI facilite une organisation rapide des secours et contribue à réduire la gravité des accidents.

Choix d'un DATI sur application mobile : Retex du Grand Nancy

Le patrimoine en eau potable du Grand Nancy

La Direction de l’Eau du Grand Nancy gère les infrastructures de l’eau et de l’assainissement d’une agglomération de 250 000 habitants.

Le patrimoine en eau potable du Grand Nancy, c’est

  • 30 réservoirs d’eau potable
  • 27 stations de pompage
  • 600 capteurs sur le réseau de distribution
  • 44 postes de relevage pour l’assainissement
  • 20 bassins d’orage enterrés
  • une cinquantaine de déversoir d’orage
  • un barrage, une microcentrale hydroélectrique 

Le service technique piloté par Fabien Clément, porteur du projet de déploiement DATI au sein du service des eaux, compte une cinquantaine  d’agents techniques sur le terrain. Leurs compétences sont les suivantes : maintenance des bâtiments, électromécanique (équipe d’électriciens, de mécaniciens), automatisme, métrologie.

Genèse du projet de protection des travailleurs isolés

Les risques liés au travail isolé ont été identifiés, au service de l’eau du Grand Nancy, en 2010 suite à une refonte du Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP).

Dans un premier temps, le choix a été fait de privilégier le travail en binôme. Néanmoins de nombreuses situations (tournées de contrôle, etc.) ne le justifiaient pas. 

Il fallait donc trouver une alternative pour couvrir ces situations de travail isolé.Le DATI est alors apparu à Fabien Clément comme une solution assez évidente.

Le choix s’est rapidement porté sur une application mobile plutôt que sur un boîtier dédié afin d’éviter le suréquipement des agents et faciliter l’adoption. En effet les agents sont déjà équipés d’un smartphone professionnel mais aussi d’1 détecteur 4 gaz, et de détecteur de chlore.

Il valait mieux un smartphone qui est constamment allumé et opérationnel avec une application [...] qu’un système dédié qui n'a rapidement plus de batterie qui se retrouve au fond de la boîte à gants d’un véhicule, pas utilisé"

Les fonctionnalités clés de l'Application DATI WaryMe pour la Régie d’Eau du Grand Nancy

Quand la régie d’Eau du Grand Nancy a cherché un nouveau DATI sur application mobile, un certain nombre de fonctionnalités ont été déterminantes dans le choix de WaryMe.

L’application DATI WaryMe propose plusieurs modes de déclenchement d’alerte pour s’adapter aux différentes situations de travail.

Voici les modes de déclenchement choisis pour équiper les équipes de la Direction de l’eau du Grand Nancy.

Modes de déclenchement Description

Volontaire et Discret

L’alerte peut être déclenchée via le bouton SOS sur l’écran ou par pression répétée sur le bouton de verrouillage du téléphone, ou via un bouton physique dédié sur les smartphones durcis (ex: Samsung XCover).

Automatique

L’application détecte automatiquement les situations anormales : immobilité prolongée, perte de verticalité (chute).

Programmé

L’agent peut programmer une alerte pour une durée déterminée avant d’entrer dans une zone à risque ou sans réseau. S’il ne désactive pas le compte à rebours à temps, l’alerte est envoyée.

D’autres fonctionnalités du DATI WaryMe ont été décisives dans le choix de la Régie d’Eau

Autres fonctionnalités Description

Géolocalisation en temps réel

Dès qu’une alerte est déclenchée, l’agent est géolocalisé en temps réel afin de faciliter la mise en œuvre des secours.

Écoute de l’environnement sonore

Dès le déclenchement de l’alerte, l’environnement sonore du travailleur isolé est enregistré. L’écoute des premières secondes de l’alerte facilite la levée de doute.

Mémo Vocal

L’agent peut enregistrer un message vocal avant son intervention pour donner des détails sur sa position et la nature de son travail, information cruciale en l’absence de réseau. Le mémo vocal sera envoyé en même temps que l’alerte programmée.

Pré-alerte

Pour éviter les fausses alarmes, un système de pré-alerte (son, vibration, message vocal) se déclenche avant l’envoi définitif, laissant à l’agent un délai pour annuler si tout va bien.

Comment alerter quand on se trouve en zone blanche ?

Les agents des services des eaux peuvent se trouver régulièrement en zone blanche : soit dans des sites, souvent en campagne, où le signal GSM ne passe pas ou bien s’ils se trouvent dans des espaces confinés.

Déclencher une alerte via une application mobile devient alors compliqué.

La solution proposée par WaryMe repose sur deux mécanismes : 

  • une alerte automatique peut être déclenchée après une perte de réseau prolongée (durée à définir) 
  • une alerte peut être programmée manuellement par l’agent avec enregistrement d’un mémo vocal avant de perdre le réseau.
Comment la régie d'Eau du Grand Nancy gère les alertes en zone blanche ?

Quand un agent intervient dans un réservoir, il n’a pas toujours l’assurance d’être dans une zone couverte par le réseau.

L’agent anticipe la perte de réseau en utilisant la fonction d’alerte programmée de l’application DATI WaryMe. Avant de descendre, il enregistre un mémo vocal précisant sa position, la nature de son intervention (par exemple, un contrôle dans l’armoire électrique) et la durée estimée (ex: 15 minutes). Si l’agent ne remonte pas en zone couverte pour désactiver le compte à rebours avant le temps imparti, l’alerte se déclenche automatiquement et est transmise à l’opérateur de télésurveillance. Ce dernier écoute le mémo vocal, puis contacte le PC interne du Grand Nancy pour une levée de doute visuelle via les caméras de vidéosurveillance ou l’appel d’un cadre d’astreinte.

Si l’agent n’a pas anticipé la perte de réseau, son DATI le lui indiquera le moment venu, par une notification. Dans ce cas, s’il souhaite être sécurisé, il devra remonter en zone de couverture à l’entrée du réservoir afin d’enregistrer un mémo vocal et de programmer une alerte.

La procédure de levée de doute : Un point crucial

Le Grand Nancy redoutait les fausses alertes et la lourde responsabilité de la gestion des alertes.

La réunion de lancement avec l’équipe déploiement de WaryMe a permis de définir les modes de déclenchement et le plan d’action pour la levée de doute. Le plan d’action est ajustable en fonction de la réalité de terrain de chaque organisation.

Afin de réduire au maximum les fausses alertes, la Métropole du Grand Nancy a démarré l’utilisation du DATI WaryMe par une phase de test, afin de déterminer les modes de déclenchement à privilégier et mettre en place la procédure de levée de doute la plus pertinente.

Ainsi l’application est principalement utilisée avec le mode de détection d’immobilité, jugé plus pertinent que la perte de verticalité qui peut être déclenchée par des postures de travail normales (accroupi, etc.). 

Les agents de la régie d’eau du Grand Nancy sont équipés de smartphones durcis Samsung XCover, portés généralement dans la poche.

Le plan d’action a été défini pour coller au mieux à la réalité des métiers et du fonctionnement de la régie d’eau du Grand Nancy. En effet, chaque plan d’action  est ajustable en fonction de la réalité de terrain de l’organisation.

La procédure de levée de doute et le plan d’action s’appuient à la fois sur un centre de télésurveillance et le PC interne de la régie :

  1. L’alerte déclenchée par un agent est reçue par un centre de télésurveillance externalisé.
  2. Ce centre contacte le PC de télégestion interne de la Direction de l’Eau.
  3. Le PC interne utilise son système de vidéosurveillance (disponible sur la plupart des sites) pour confirmer visuellement la situation de l’agent.
  4. Si le doute n’est pas levé, les secours sont appelés.

Pour les agents intervenant sur les réseaux (et donc pas visible par les caméras du PC Sécurité), la procédure implique l’appel à un cadre d’astreinte qui se mobilise ou envoie une équipe.

Comment s’est faite l’adoption du DATI WaryMe par les agents de la régie d’eau ?

L’adoption de l’outil a été un succès au sein des équipes de la Direction de l’Eau du Grand Nancy.

Les managers ont dû néanmoins au démarrage lever certaines réticences à la mise en place d’un DATI, en particulier les inquiétudes initiales des agents concernant le supposé “flicage” des agents.

Rapidement les agents ont été rassurés sur la démarche bienveillante de la collectivité qui visait à répondre à l’obligation réglementaire et à assurer leur sécurité. La direction a également apporter la preuve que la géolocalisation et l’enregistrement sonore ne sont effectifs qu’en cas de déclenchement de l’alerte par l’agent.

Par ailleurs, différentes actions ont contribué à la bonne adoption du dispositif

  • Géolocalisation :  La possibilité pour l’agent de la désactiver lui-même en dehors des interventions à risque a été un facteur décisif. L’application envoie une notification si la protection est activée sans géolocalisation, évitant ainsi un faux sentiment de sécurité.
  • Formation : WaryMe a assuré des sessions de formation sur site pour tous les utilisateurs lors du déploiement. Des exercices réguliers sont menés pour maintenir la chaîne d’alerte opérationnelle.
  • Ressenti des Agents : L’outil est perçu comme simple, convivial et ergonomique.

Nicolas Dupré, électricien au sein du Grand Nancy, témoigne : “Ça nous apporte […] de la sérénité. Lorsqu’on a des tâches un peu compliquées et qu’on intervient seul […], on se sent plus en sécurité.”

Ça nous apporte [...] de la sérénité. Lorsqu'on a des tâches un peu compliquées et qu'on intervient seul [...], on se sent plus en sécurité.

Voici les questions que les préventeurs nous ont posées !

Quel est le mode d'activation privilégié (détection de chute, immobilité) ?

Cela dépend des métiers, mais la détection d’immobilité (absence de mouvement) est la plus utilisée et la plus fiable. La perte de verticalité est moins pertinente pour des techniciens (électriciens, mécaniciens) qui travaillent souvent accroupis ou dans des positions complexes.

Les smartphones de la régie d’eau sont-ils étanches et/ou de type ATEX ?

La Régie d’Eau du Grand Nancy utilise des smartphones durcis (type Samsung XCover) qui répondent aux normes d’étanchéité IP et résistent aux conditions difficiles. Cependant, au Grand Nancy, le travail en zone ATEX (espaces confinés) ne se fait jamais seul. Les smartphones ne sont donc pas des smartphones de type ATEX.

L’application DATI WaryMe peut se télécharger sur tous les types de smartphones (smartphones durcis, smartphones ATEX…)

La montre connectée apporte-t-elle les mêmes fonctionnalités que l'application smartphone ?

Quasiment. Elle permet le déclenchement volontaire (SOS) et la détection d’immobilité. En revanche, elle ne gère pas la perte de verticalité (car le poignet bouge trop), mais elle ajoute une détection de rythme cardiaque anormal.

Comment le mémo vocal est-il transmis s'il n'y a pas de réseau ?

Le mémo vocal doit impérativement être enregistré avant la perte de réseau. Il est enregistré sur nos serveurs et est envoyé automatiquement avec l’alerte programmée.

Les agents sont-ils géolocalisés en continu ? Y a-t-il un risque de "flicage" ?

Non. La géolocalisation ne s’active qu’à la première seconde du déclenchement d’une alerte. En dehors d’une alerte, l’employeur ne peut pas voir où se trouve l’agent. Cette garantie a été essentielle pour l’acceptation du dispositif par les agents au Grand Nancy.

Est-il possible d'avoir un suivi en temps réel (maillage cartographique) pour la gestion de crise (ex: crues) ?

Non, pour des raisons de protection des données personnelles (RGPD), la solution ne permet pas de voir la position des agents s’ils ne sont pas en situation d’alerte.

L'agent peut-il désactiver l'application (bouton OFF) ?

Oui, par défaut, l’agent a la main pour activer ou désactiver sa protection (mode vie privée). L’administrateur peut toutefois voir sur le portail de gestion si l’agent est connecté ou non.

Combien de temps sont conservées les données (audio, positions) ?

Les enregistrements audio sont accessibles pendant 15 jours (pour d’éventuels dépôts de plainte), anonymisés après un mois et supprimés au bout d’un an, conformément au RGPD.

Qui reçoit l'alerte ?

C’est paramétrable : les alertes peuvent être envoyées en simultané à plusieurs collègues, ou vers un centre de télésurveillance externe (24h/24 7j/7). Le Grand Nancy utilise un télésurveilleur externe pour effectuer une “levée de doute” avant d’appeler les secours.

Est-il nécessaire d'attribuer un smartphone professionnel à chaque agent ?

Au Grand Nancy, chaque agent dispose de son propre smartphone. Cela facilite la gestion (GMAO, appels, congés) par rapport à un téléphone partagé. Néanmoins il est possible d’envisager un fonctionnement avec un téléphone ou une montre partagée, en particulier en cas d’astreinte.

Est-ce que l'application est compliquée pour des agents peu à l'aise avec la technologie ?

Le retour d’expérience montre que l’application est intuitive et conviviale. Au Grand Nancy, l’adoption a été facilitée car les agents utilisaient déjà des smartphones.

Le dispositif a-t-il déjà permis de sauver des vies ?

Au sein de la direction de l’eau du Grand Nancy, il n’y a heureusement pas eu d’accident grave nécessitant son usage. Cependant, dans le service des stades de la même métropole, le dispositif a servi lors d’une tentative d’intrusion/agression et pour secourir un agent ayant fait un malaise.

Vous voulez aussi protéger vos agents isolés ?